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Il fut un temps où le curriculum vitae de tous les chefs
français mentionnait un stage chez Maxim’s
(rue Royale) ou au
Crillon, voire les deux… Sous l’égide
de Jean-Paul Bonin (1979-1987), André Signoret (1987-1988),
et bien entendu, Christian Constant (1988-1996), le Crillon
a formé un nombre disproportionné de chefs étoilés
au Michelin, de même qu’une multitude rassurante de
chefs aux ambitions plus modestes qui ont démultiplié
le nombre de bistrots contemporains de Paris et d’ailleurs…
La liste des élèves citant Christian Constant comme
leur mentor – la « galaxie Constant »
comme on a appelé le groupe – est remarquable. Rien
qu’à Paris, ses protégés répondent
aux noms de Fréchon mais aussi Yves Camdeborde de La
Régalade, Thierry Faucher de L’Os à
Moelle, Thierry Breton de Chez Michel, Arnaud Pitrois
du Clos des Gourmets, Didier Varnier du C’amelot,
Jean-François Rouquette de La Cantine des Gourmets
(une étoile) et Alain Pégouret de chez Laurent
(deux étoiles).
Né à Mountauban, dans la région du foie gras
et de la truffe, au nord de Toulouse, Christian Constant a fait
son apprentissage dans sa région, puis chez Ledoyen à
Paris et sous l’égide de Guy Legay à l’hôtel
Ritz avant d’occuper la place numéro un au Crillon.
En 1996, il décida de voler de ses propres ailes et ouvrit
Le Violon d’Ingres (auquel le guide Michelin attribua
une étoile).
Il est plus qu’évident, de par les plats que Christian
Constant sert dans sa petite salle tout en longueur aux murs ornés
de détails d’œuvres d’Ingres en terre cuite
rouge, que Le Violon d’Ingres est plus qu’un
hobby dans son vocabulaire ! Son art s’exprime sans attendre
dans un Velouté de topinambour sublimé par de petits
croûtons fris au beurre et des dés de foie gras fondant,
un plat à la fois rustique et somptueux. Nombreux sont les
fils spirituels de Christian Constant à interpréter
cette soupe aujourd’hui, mais aucune ne surpasse la sienne
– la plus simple, la plus sûre et indubitablement la
plus substantielle. Sa tarte aux champignons, faite d’une
pâte feuilletée très fine recouverte de simples
champignons blancs finement coupés et beurrés, avec
un soupçon d’olives, d’anchois et de parmesan
qui lui confèrent un côté méditerranéen,
déploie des saveurs quasi brutes. L’un de ses plats
emblématiques, représentatif de sa manière
de renverser (parfois littéralement) des idées culinaires
séculaires, n’est autre que sa tatin de pieds de porc
caramélisés nappée d’une douce purée
de pommes de terre ratte. Savourez les créations de ce grand
chef cuisinier, du Turbot rôti aux châtaignes et céleri
truffé, au Foie gras poêlé pané de chapelure
de pain d’épices et confiture de coing. Je me rends
compte combien ses idées, aussi innovantes soient-elles,
sont solidement enracinées dans la gastronomie régionale
française. La cuisine de Christian Constant est une cuisine
sublimée, non par une « créativité »
confuse alliant toutes les saveurs possibles et imaginables mais
par sa connaissance évidente des matières premières
classiques et par une parfaite maîtrise de sa technique.
SAVEUR
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